Le confinement nous amène à cette question : Est-il possible de vivre sans les autres ?

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Les autres, c’est souvent super sympa… mais il arrive aussi qu’on en ait marre ! A certains moments, on peut se dire qu’on se sent mieux tout seul, qu’on n’a pas besoin « d’eux » ! Est-ce vraiment possible de vivre sans les autres ?

 

Si on apprécie parfois de se retrouver seul, de pouvoir trouver en soi-même des ressources, n’est-ce pas finalement parce qu’on est entouré par des êtres vivants et pensants qui nous servent de repères ?

Cela peut faire penser aux animaux qui, pour assurer leur survie, évoluent en troupeau…
Que serait un monde sans « idée de l’autre » ?

 

Si les autres n’existaient pas, qu’en serait-il de notre capacité à ressentir (être gai, triste, en colère sont des sentiments qui sont souvent liés à des personnes), à penser (difficile de débattre tout seul!) et à parler (le langage ne sert-il justement pas à échanger avec l’autre ?)

 

Pourquoi avoir besoin des autres ?

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  • On a besoin des autres pour ne pas être « seul » : c’est la base ! Le fait de se sentir « seul » peut être associé à un sentiment de souffrance.
  • On a besoin des autres pour se sentir exister : on peut exister en soi mais peut-être surtout par rapport au monde qui nous entoure. Ne se sent-on pas plus vivant lorsque les autres sont là, autour de nous ?
  • On a besoin des autres pour se sentir utile : aider, conseiller, écouter l’autre… c’est une vraie valorisation de soi et de l’autre.
  • On a besoin des autres pour se construire soi-même ( parents, amis )
    On a besoin des autres dans la vie de tous les jours : pour partager ce que l’on vit, vivre des expériences, rire, se sentir bien !
  • On a besoin des autres quand ça ne va pas : parce que seul, c’est parfois trop lourd à porter. On n’arrive plus à trouver en soi la force pour aller mieux, on a besoin d’être soutenu, écouté, aidé.

Les proches jouent alors un rôle essentiel : ils sont de véritables soutiens !

Aujourd’hui, dans une société qui nous individualise (chacun dans son coin derrière son écran!), on doit être capable d’être plus fort, plus rapide que les autres.

 

Ces autres peuvent alors faire peur, être considérés comme rivaux, ennemis.
Adolescent, on est en pleine quête d’autonomie, c’est le moment où ceux qui étaient les plus proches deviennent plus encombrants, on cherche alors à s’en dégager un peu !

Mais s’il y a une chose à retenir malgré tout, c’est qu’on a tous besoin des autres tout au long de notre vie, et c’est complètement normal ! Parents, familles, amis sont précieux.
Il n’y a pas de honte à demander de l’aide quand on se sent seul.

A chacun aussi d’être disponible pour un proche qui a besoin d’aide.

Alors, pourquoi ne pas appliquer la célèbre maxime « un pour tous et tous pour un » (Les Trois mousquetaires, Alexandre Dumas) !

 

La solitude n’a pas la même signification dans 2 situations différentes : la solitude subie et la solitude désirée.

 

C’est ce que nous expérimentons aujourd’hui avec cette pandémie mondiale.

 

La 1ère est dramatique. J’ai besoin des autres et personne n’est là. Je suis comme un feu qui s’étouffe sans oxygène. Sartre qui affirmait : « l’enfer, c’est les autres » ne s’inscrit pas dans cette perspective.

Les autres ne peuvent être notre enfer car ils sont « autres » mais ils peuvent le créer s’il ne veulent pas entrer en relation avec nous.

Il faut respecter et tolérer les autres. Nous avons besoin des autres pour nous métamorphoser et devenir nous- mêmes.

Depuis, notre naissance, nous vivons dans un monde qui a été organisé par les hommes qui nous ont précédés, un monde pleinement humain, un monde de culture où l’autre homme tient une grande place, que ce soit dans la famille ou dans la société.

Bref, autrui, l’autre semblable à moi, cet alter ego est omniprésent.

Or, parfois, il nous arrive de ressentir cette présence comme étouffante ou pesante, au point d’en être altérés (alter signifiant autre en latin), c’est-à-dire de la vivre comme un obstacle à notre liberté et à la réalisation de nous-mêmes.

Aussi, avons-nous besoin d’autrui pour être nous-mêmes ?

Qui dit besoin dit en effet nécessité vitale. Or aurions-nous vécu sans autrui, voire survécu sans lui ? Autrui n’est-il pas à l’origine de notre existence ? De plus, serions-nous devenus ce que nous sommes sans lui ? N’est-ce pas grâce à lui que nous avons pu nous humaniser, par la langue apprise, par la conscience que nous avons prise de nous-mêmes, bref par la culture dont il est l’initiateur ? N’est-il pas, selon le mot de Sartre, l’intermédiaire indispensable entre nous et nous-mêmes ? Mais ce détour par autrui ne peut-il pas, aussi, constituer une aliénation, c’est-à-dire menacer notre liberté, au point que Sartre a pu écrire aussi : « l’enfer, c’est les autres » ? Autrui n’est-il pas celui qui nous dépossède de nous-mêmes par son regard, nous rendant ainsi dépendants de son jugement ? N’est-il pas enfin celui qui nous inscrit dans un rôle au point que nous finissons par nous identifier à celui-ci ?

Mais, par là-même, ne nous permet-il pas de nous révéler à nous-mêmes, et de devenir une personne à part entière ? Au fond, ce jeu d’attraction-répulsion que nous éprouvons à son égard n’est-il pas significatif de ce que nous sommes, c’est-à-dire selon Kant des êtres à la fois sociables et insociables ? Nous ne sommes pas autarciques et c’est pourquoi autrui peut nous meurtrir profondément par son absence : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé » !

Cela ne met-il pas en évidence à quel point autrui fait partie intégrante de nous, dans la pensée comme « dialogue de l’âme avec elle-même » (Platon), dans le désir que nous avons de lui, voire dans la solitude que nous éprouvons parfois amèrement lorsqu’il est absent ?

 

1- Pourrions-nous vivre sans autrui ?

 

« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie »(P. Valéry L’idée fixe)

 

L’homme est un « animal politique » (Aristote) ce qui signifie que chaque homme porte l’autre au cœur de lui-même, parce qu’il n’est pas autosuffisant. La condition de l’autarcie, c’est la Cité, c’est-à-dire une communauté humaine.

 

L’homme naît inachevé et c’est pourquoi il a besoin de la présence d’autrui pour s’accomplir.

 

Le dialogue : il est important que chaque homme apprenne une langue pour s’humaniser, et cela passe nécessairement par l’intermédiaire d’autrui (cf. l’accès au « moi » par le « tu »). Ainsi la langue n’est-elle pas le signe de la présence d’autrui en nous ?

Le regard d’autrui : autrui ne me révèle-t-il pas à moi-même ? Ne me reconnaît-il pas ? Ne me fait-il pas exister (surgir hors du néant, ou hors de moi) ?

 

Autrui n’est-il pas, selon le mot de Sartre « l’intermédiaire indispensable entre moi et moi-même » ? N’est-ce pas grâce à lui que j’accède à la conscience de moi-même ? Pourrais-je être moi-même sans cette conscience ?

L’autre me permet d’accéder à une vérité objective sur moi. Or comment devenir soi-même sans tenter de se connaître le plus objectivement possible ?

 

Echange, coopération permettent un enrichissement de soi, un développement de ses propres potentialités.

 

2- Autrui comme obstacle, voire aliénation sur la voie de la réalisation de soi

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On peut vivre sans autrui. L’individu peut être appréhendé comme un atome pouvant survivre seul

 

Descartes montre que pour aller à la découverte de soi-même, et à la vérité sur soi, il faut s’isoler dans son « poêle » pour méditer au mieux, loin des tracas de la vie sociale.

 

Avec l’introspection : pas besoin d’autrui pour la connaissance de soi : on a un accès direct à soi-même grâce à la conscience réfléchie.

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Le regard d’autrui qui peut m’aliéner et me déchoir de ma liberté. Il m’emprisonne dans ses jugements sur moi, réduisant mon être à n’être que ce qu’il en voit et en appréhende.

 

 

  • Par ses remarques, autrui peut me « complexer » et donc me modifier de manière négative : je ne suis plus moi-même, mais devient dépendant du « qu’en dira-t-on »

 

  • La solitude (choisie et non subie) ne serait-elle pas alors un remède à l’aliénation par autrui, une manière de se libérer du poids qu’il fait peser sur nous par ses attentes ou ses jugements intempestifs ?

Mais cette conscience de l’aliénation par le regard et le jugement d’autrui doit-elle pour autant nous conduire à vouloir exister sans les autres ? Ne serait-ce pas menacer par là-même notre propre épanouissement ? Exemple : si l’amour peut constituer une dépossession de soi, faut-il s’en passer pour autant ?

 

 

 

 

 

 

 

3- Une double ambivalence à transcender

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Le drame de notre condition : l’ambigüité fondamentale d’autrui, à la fois indispensable et importun, qui renvoie à notre propre ambivalence, ce que Kant décrit comme notre « insociable sociabilité ».

 

Si chaque homme a besoin de reconnaissance, cela signifie-t-il pour autant qu’une telle reconnaissance ne puisse pas être réciproque, comme dans l’amitié par exemple ?

 

Si pour Sartre le regard d’autrui, loin d’être reconnaissance de ma qualité de sujet, serait plutôt objectivation de moi-même (je deviens un objet pour lui), réduisant mes possibilités et donc ma liberté, cela signifie-t-il pour autant que tout regard soit à considérer ainsi

Ainsi, le regard maternel, ou amical, ne peut-il pas me donner foi en moi-même ainsi que fortifier mes projets en les rendant plus déterminés ?

 

Selon Aristote, il n’y a pas de « bien vivre » sans collaboration, c‘est-à-dire sans division sociale du travail

Pourrait-on vivre en sécurité sans les autres, sans la société et ses lois, sans institutions politiques pouvant permettre la coexistence pacifique des libertés ?

Tout ceci ne nous montre-t-il pas que l’homme est un être à la fois sociable et insociablequi ne peut exister sans autrui, mais qui d’un autre côté s’en passerait bien, s’il le pouvait, sans vouloir considérer tout ce que peut lui apporter autrui pour son propre épanouissement ?

Il n’y a de moi qu’en relation avec autrui, voire par et pour autrui, malgré tous les inconvénients que sa présence peut occasionner.

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Dans la solitude absolue, je ne serais rien, une telle solitude peut d’ailleurs constituer une torture mentale, car je n’existerais pas réellement comme un homme, dans toutes ses dimensions. Le moi ne s’affirme qu’avec l’autre, et pas contre lui, même si l’opposition (temporaire) à autrui peut nous révéler à nous-mêmes.

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