Je n’ai plus envie d’aller travailler… qu’est-ce que je peux faire ?

Face à la démotivation, des solutions existent : elles supposent parfois de s’attaquer aux causes, parfois de s’adapter en réinventant son activité. Quand le ressort est cassé, il peut être bon d’aller voir ailleurs. Comment réenchanter le travail ?

Il existe bien des raisons d’aimer son travail. Et à peu près autant de le détester. Et ce sont souvent les mêmes.

Pourquoi travaille-t-on ? D’abord, pour gagner sa vie (payer son loyer, remplir son frigo, se soigner, nourrir sa famille et s’offrir des distractions). C’est mieux de le faire avec un job qui nous convient et que l’on a choisi : c’est ce que les psychologues nomment « motivations intrinsèques ». Autant travailler, aussi, avec des gens avec qui l’on se plaît : c’est un motif central du plaisir au travail.

Mais il est rare que l’on coche toutes les cases : un bon salaire, un métier épanouissant et des collègues formidables… Et lorsque ces attentes sont frustrées, la motivation peut rapidement s’émousser.

Une première source de frustration vient des nombreuses pressions économiques auquel le travail est soumis. Aujourd’hui, plus aucun secteur n’est épargné ; que l’on soit agent d’assurances ou policier, infirmière ou journaliste, agriculteur ou DRH, les tensions sont fortes : les exigences de rentabilité ou tout simplement de survie pour les entreprises, les économies budgétaires pour le secteur public engendrent mécaniquement une augmentation des charges de travail. Partout, il faut « faire plus avec moins ». À cela s’ajoute le management de l’urgence (lean management) qui impose la réactivité permanente. Et quand le rythme de travail et la charge sont trop élevés, le travail le plus épanouissant devient un pensum. C’est le cas pour cette employée d’Ehpad qui a choisi un métier pour le contact avec les personnes âgées mais qui, faute de personnel au sein de l’établissement, n’a plus suffisamment de temps à consacrer à chacun.

Une seconde cause de la démotivation est liée aux relations humaines. Nous autres humains sommes des animaux sociaux avides de contacts, de reconnaissance, de gratifications morales. Mais ces contacts humains sont aussi sources de tourments. Il suffit que les relations se détériorent – avec un supérieur, un collègue ou un collaborateur – pour que le bureau ou le chantier devienne un enfer. Julie a vu débarquer dans son service (une clinique privée), une collègue qui ne partage pas sa vision du travail ni ses priorités. Coralie opte pour le « vite fait, bien fait » alors que Julie, perfectionniste, préfère prendre le temps de faire les choses pour ne jamais être en défaut. Résultat : en quelques semaines, Coralie a reçu les louanges de la direction, tandis que Julie s’est sentie remise en cause. Les relations se sont détériorées entre les deux, au point que Sophie, écœurée, a songé à donner sa démission.

Même les motivations dites « intrinsèques » – cuisiner pour les uns, conduire un camion ou s’occuper d’enfants pour les autres – finissent aussi par s’user. Avec l’expérience ou la routine, quand on a « fait le tour » de son métier, la magie finit par s’envoler. Les histoires de travail sont aussi des histoires d’amour. Elles ne résistent pas toujours au temps et aux épreuves.

Condition de travail, contact humain, contenu du travail : les causes de la démotivation et de la motivation sont souvent les mêmes. Et quelques leçons simples peuvent être tirées de ce constat.

Premier constat, la motivation au travail résulte d’une alchimie complexe. La « motivation intrinsèque », le « sens », la reconnaissance, la confiance sont sans doute des ingrédients essentiels, mais aucun ne saurait suffire à donner cœur à l’ouvrage si les conditions de travail ou les relations de travail se sont dégradées.  Les facteurs de la motivation sont toujours multiples, changeants, et forment un cocktail dont les ingrédients se combinent, s’épuisent et se renouvellent au fil du temps, en fonction des réussites ou des échecs, des contacts plus ou moins heureux, des conditions de travail qui se détériorent ou s’améliorent.

Conséquence : pour faire face à la démotivation, il est vain de s’en remettre à une recette unique, mais, inversement, la diversité et l’enchevêtrement des mobiles humains permettent justement de redynamiser une motivation en panne.

Trois manières de faire

Face à la frustration, nous disposons de trois stratégies : la contestation, l’évasion ou l’acceptation.

La psychologie du stress dit quelque chose de similaire avec ses trois façons de faire face à une épreuve : combattre, fuir ou subir.

Affronter

En cas de frustration, une première réaction humaine fondamentale consiste à affronter le problème en s’attaquant à ses sources supposées : mauvaises conditions de travail, charge de travail trop élevée, organisation défaillante, mode de management perturbant, tension entre personnes, etc. La gamme des réactions possibles dépend bien sûr de sa position sociale (employé, dirigeant, cadre intermédiaire ou indépendant), de la stratégie (action collective ou individuelle, affrontement ou dialogue), des marges de manœuvre (économiques, organisationnelles, managériales). Mais en ces temps où on valorise beaucoup le « lâcher-prise » et la psychologisation des problèmes, il est bon de rappeler aussi les vertus de l’action, quelle qu’elle soit. Les conflits ne sont certes pas de nature à booster la motivation et la confiance. Mais il arrive aussi que des affrontements soient l’occasion de crises salutaires qui permettent de sortir des impasses.

Il n’est pas facile d’affronter un collègue irascible, un supérieur étouffant, un collaborateur récalcitrant, et la stratégie du combat comporte des risques évidents : personne ne sait, avant de monter sur le ring qui va sortir vainqueur. Mais lorsque les affrontements débouchent sur une nouvelle organisation du travail, un allégement de la charge de travail des uns, l’instauration de relations pacifiées entre personne qui ne s’entendaient plus, l’ardeur au travail s’en ressent aussitôt.

 

Le départ comme solution ?

Quand rien ne va plus, quand le ressort est définitivement cassé, l’ultime solution est peut-être de partir. Changer de travail : beaucoup en rêvent aujourd’hui, mais peu franchissent le pas. Dans les années 2000, le « syndrome de la chambre d’hôtes »  a donné à beaucoup l’espoir d’une vie plus calme, plus libre, plus conviviale loin de la ville et de ses tourments ; aujourd’hui ce sont souvent les métiers manuels et les métiers d’art qui suscitent l’engouement de cadres stressés . Quitte à voir chuter leur niveau de vie, ces cadres qui choisissent de tout plaquer pour se refaire une vie plus simple au grand air prennent le relais. L’engouement pour le statut d’autoentrepreneur a été alimenté par le rêve de se réinventer une nouvelle vie de travail. Mais dix ans plus tard, le bilan de l’autoentreprise est plus que mitigé : seule une minorité de ceux qui se sont lancés a réussi à dégager un revenu viable. Toute reconversion a évidemment ses charmes et ses risques.

Il y a tout de même une vertu inattendue à ces départs : non pas toujours pour les partants mais pour ceux qui restent ; car le départ d’un salarié désabusé, d’un manager étouffant ou d’un employé récalcitrant permet parfois de nouvelles embauches. Dans une organisation, le turn over et l’arrivée de sang neuf sont aussi ce qui revitalise un groupe et sa dynamique.

Accepter sans se résigner

Mais que faire quand tout départ est exclu parce que l’on est trop âgé, que l’on a des enfants à charge, que la maison reste à payer, que l’on n’a pas de compétences alternatives, bref quand la retraite est encore loin et que le cœur n’y est plus ?

Dans ce cas, la méditation ou la course à pied seront toujours plus recommandables que l’alcool ou le Lexomil pour aider à décompresser, mais, comme les arrêts de travail, ce ne sont que des expédients. Reste donc une seule solution raisonnable : s’adapter et faire face.

Comme pour un prisonnier en cellule, le salarié assigné à un emploi doit d’abord apprendre à accepter sa condition. Mais s’adapter n’est pas se résigner.

L’adaptation passe par trois stratégies complémentaires : changer son regard et ses aspirations, apprendre à affronter les situations-problèmes, et s’aménager de nouveaux espaces de vie.

  • Changer son regard sur le monde et sur soi,c’est porter un œil neuf sur ce qui nous empoisonne. Car, passé un certain seuil de démoralisation, on ne regarde plus les choses objectivement : la moindre contrariété devient insupportable, la moindre tâche ingrate devient insurmontable, et on ne sait plus s’y prendre. C’est le propre de la déprime : elle colore le monde en noir bien au-delà de ce qu’il est vraiment.
  • Apprendre à s’attaquer aux situations problématiques, c’est lutter contre le repli sur soi et l’évitement. Car nous avons tous tendance à nous réfugier dans nos zones de confort face à la difficulté, en nous concentrant sur ce qui nous plaît le plus et en fermant les yeux sur ce que nous détestons. Mais cette politique de l’autruche n’est qu’un pis-aller. Pour améliorer son sort, il faut oser affronter ses démons : s’appliquer à nouer une nouvelle relation avec la bête noire qui travaille dans son service, faire face à la pile de copies à corriger, à la réunion du lundi qui donne la boule au ventre. Il existe pour cela des techniques et stratégies : pour lutter contre la procrastination, mieux organiser son temps, apprendre à dire non, s’affirmer, recadrer sans violence ni conflit les partenaires de travail
  • S’adapter, c’est réinvestir différemment son travail en s’aménageant des petits espaces de liberté et en se fixant des défis modérés. Les études de psychologie comportementale le montrent : le bien-être repose moins sur un état général que sur des petites séquences, des plaisirs minuscules, des petites victoires, les petits moments de fierté qui donnent du sens à ce que l’on fait ou ce que l’on vit.

Enfin, la motivation peut aussi passer par un changement des conditions de travail.

Alors en conclusion on peut dire que quand le cœur n’y est plus, il n’existe donc aucune recette miracle ou universelle pour relancer la motivation. Mais la bonne nouvelle est qu’il existe une palette assez riche de stratégies et marges de manœuvre individuelles pour redonner du cœur à l’ouvrage. Solutions auxquelles s’ajoutent toute une série de mesures organisationnelles qui peuvent contribuer à améliorer son sort : temps partiel, télétravail, changement de poste, nouvelle méthode de management ou de collaboration, réorganisation des tâches.

Le Bilan de compétences peut également être un outil à la disposition du salarié pour faire le point sur son parcours, ses sources de motivation et repartir booster vers un avenir plus aligné avec ses valeurs, ses besoins.