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Le Président l’a dit et martelé : depuis quelques semaines nous sommes en guerre contre un minuscule virus inconnu venu de Chine qui représente une menace diffuse et invisible.

Depuis le 16 mars, nous sommes confinés, seuls ou en famille, avec des moments qui changent entre l’inquiétude et des moments de plaisir.

Admettre, et même parfois avouer, qu’on est angoissé n’a rien de déshonorant, compte tenu des circonstances exceptionnelles auxquelles nous sommes confrontés.

« Même pas peur », est une posture qu’adoptent certains pour ne pas aggraver l’anxiété de leurs proches, voire faire barrage aux vagues de panique qui les envahissent. Nous sommes tous plus ou moins confrontés à ces bouffées de stress. Mais il faut les surmonter et garder la tête hors de l’eau pour ne pas sombrer.

Le défi est de taille, mais loin d’être impossible.

Une peur normale

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L’angoisse est une forme dévoyée de la peur qui devient sans objet. Elle prend en masse, paralyse, et empêche l’action.

Ce sentiment archaïque remonte aux premières heures de la vie humaine.

Le nourrisson pleure quand il a faim ou froid ou quand il se réveille, parce qu’il a peur de se retrouver seul au monde. Dés que sa mère le prend dans ses bras, il s’apaise.

Nous aussi, nous avons peur et c’est irrationnel. Mais nous tentons de garder raison autant que possible car c’est à nous, désormais de rassurer ceux qui nous entourent : enfants, compagne ou compagnon, parents et autres proches. Cela nous conduit parfois à être incohérents et irrationnels. On l’a bien vu, au début des consignes du confinement, lorsque certains pseudo-rebelles tentaient d’attirer leur entourage dans des balades, diners ou sorties interdites parce que dangereuses, pour soi et par ricochet pour les autres. Cela s’appelle le déni, qui consiste que ne pas croire au danger suffirait à le supprimer, ou la toute- puissance, « ça ne m’arrivera pas à moi », on se demande bien pourquoi, car dans cette affaire, nous sommes tous logés à la même enseigne.

La revue médicale britannique The Lancet a publié une étude le 26 février 2020 sur l’impact psychologique de la quarantaine et les moyens de les atténuer. Elle a montré que les personnes confinées n’ont pas seulement peur pour leur propre santé ou craignent d’infecter les autres. Beaucoup s’inquiètent également pour les leurs, ce qui engendre un stress et une anxiété supplémentaires, surtout lorsqu’ils sont loin d’eux.

Voici quelques clés pour ne pas se laisser submerger

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Pour tenir l’angoisse à distance, il n’y a pas de recette magique mais ces quelques conseils recueillis auprès des différents spécialistes interrogés peuvent aider.

  1. Accepter l’angoisse est un premier pas.

Suivre les consignes données par les professionnels, sans faire les bravaches, en attendant des jours meilleurs est sécurisant.

C’est structurant et rassurant de savoir ce qu’il faut faire. Il faut également convenir que nous avons de la chance d’être réunis, apprendre à cohabiter 24h sur 24, et se parler davantage, jouer ensemble comme pendant des vacances forcées, l’insouciance en moins, certes mais avec l’intensité que donne la conscience du danger. Et apprendre à être seul au milieu des autres, respecter leur bulle d’intimité pour ne pas leur peser. Bref, réapprendre à vivre bien ensemble. Ni trop loin, ni trop près.

  1. L’isolement n’est pas la solitude

Apprivoiser la solitude peut être difficile. Surtout pour les enfants qui n’ont pas la capacité d’être seul et qui doivent l’acquérir pour devenir autonome. Mais à l’heure d’internet et des réseaux sociaux, l’isolement n’est pas la solitude. Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, c’est le moment de découvrir les groupes familiaux et amicaux de WhatsApp. Et de féliciter de ne plus avoir à supporter les gens que l’on est obligé de côtoyer en temps normal. On peut dire qu’il s’agit de ce qu’on appelle les bénéfices secondaires.

Cette période de confinement est aussi un moment propice pour redécouvrir le temps long. Plus besoin de courir dans tous les sens, l’œil rivé sur la montre. C’est également une belle occasion de retrouver cette faculté de non consommer et de déceler en soi des ressources que l’on n’imagine pas.

Jouer à fond la solidarité aide aussi. On a vu les initiatives et les offres d’entraide se multiplier sur les réseaux sociaux que l’on taxait d’individualistes et d’agressifs. Une bonne raison d’être optimiste pour l’avenir.

  1. Rassurer les plus inquiets

Commencer par bien expliquer aux enfants qu’ils ne seront pas responsables du décès de leurs grands parents s’ils meurent du Covid 19. En voulant les apaiser on leur a dit, sans mesurer les conséquences, qu’on fermait leur école parce qu’ils risquaient de transmettre le virus à leurs grands- parents. Et bien sûr, il faut continuer à garder un contact étroit avec nos aînés, confinés, en leur envoyant des photos et des vidéos par whatsApp, par exemple, ou en les appelant par face-time ou Skype.

 

  1. Une nouvelle manière de vivre

C’est lorsque le virus aura été maté et que nous retrouverons la vie normale qu’il faudra se mobiliser, car le stress ne s’arrête pas avec la fin du confinement. Toujours selon l’étude parue dans The Lancet sur l’impact psychologique de la quarantaine, plusieurs mois après, certaines personnes continuent à avoir des comportements acquis pendant leur isolement, comme des lavages mains compulsifs ou des angoisses de la foule…

Quand tout sera terminé, une chose est sûre, nous veillerons plus et mieux sur notre santé et celle de nos proches. Nous aurons compris que l’angoisse est une composante de l’existence et qu’il ne faut pas s’en culpabiliser. Surtout, nous profiterons peut-être plus intensément de chaque instant comme si c’était le dernier. Carpe diem

 

En pratique : 3 exercices pour s’apaiser

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  1. Contractions

Cet entrainement très efficace et rapide permet de libérer les tensions provoquées par le stress. Pour commencer, asseyez-vous dans une position stable mais dynamique, le dos droit. Relâchez la nuque et les épaules. Détendez votre visage, vos bras, votre abdomen, votre dos, vos jambes et vos pieds. Croisez les mains derrière la nuque, prenez une profonde inspiration par le nez et effectuez une légère contraction de tout le corps, de la tête aux pieds : mâchoires, bras, main, muscles, abdominaux, cuisses, jusqu’au bout des orteils en retenant votre respiration quelques secondes, puis soufflez par la bouche et relâchez. Répétez deux fois.

  1. Visualisation

Confortablement assis ou allongé, fermez les yeux. Posez les mains sur le ventre, respirez en le gonflant comme un ballon et expirez en le rentrant. Sentez bien l’appui de votre corps de haut en bas. Commencez par écouter les bruits autour de vous, des plus lointains aux plus proches. Imaginez une feuille de papier blanche et un stylo devant vous et faites la liste de vos angoisses, sans chercher des choses anciennes ou sans trop anticiper. Là dans l’instant, quelles sont-elles ? Imaginez, ensuite que vous jetez la feuille au feu ou que vous la déchirez comme vous préférez. Sentez vous libéré, l’esprit clair. Posez- vous dans le présent.

  1. Respiration en rythme avec le cœur

Cet exercice de 3 à 5 minutes apaise l’agitation de l’esprit. L’attention est fixée sur les battements du cœur, ce qui pose le mental et détend les nerfs. En posture assise, prenez votre pouls au niveau du poignet avec l’index de la main opposée. Inspirer pendant 3 battements et expirez pendant 6 battements, le rythme compte plus que la durée de l’exercice

 

Le jour d’après

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Le confinement, l’absence de routine et la réduction des contacts physiques et sociaux, provoquent souvent de l’ennui, de la frustration et un sentiment d’isolement du reste du monde vécu comme pénible. Nous n’échapperons pas probablement pas, comme le montre l’étude de LANCET réalisée sur l’impact psychologique de la quarantaine, à de symptômes de stress post-traumatique ni à des comportements d’évitements ni à la colère.

Le Dr Jianyin Qui, Directrice de recherche du centre de la santé mentale de Shanghai, a interrogé par questionnaire plus de 50000 personnes touchées par l’épidémie, dans différentes provinces de Chine, mais aussi à Hong Kong, Macao et Taïwan. Elle a pu mesurer chez elle de l’anxiété, de la dépression, des phobies, des comportements compulsifs et d’évitement. Les crises d’angoisse et les insomnies ont suivi la courbe exponentielle de l’épidémie du covid 19. Selon les résultats de son sondage, 35% des personnes interrogées ont connu une détresse psychique. Elle s’est révélée sévère chez 5% d’entre elles.