« Le trauma fracasse, c’est sa définition. Et la résilience qui permet de se remettre à vivre associe la souffrance avec le plaisir de triompher. Curieux couple ! » – Boris Cyrulnik

Accident, enfance difficile, ou pis, viol, divorce ou séparation… autant d’expériences traumatisantes qui marquent profondément le psychisme d’une personne. Elles peuvent paraître impossibles à dépasser, pourtant face à l’incompréhensible, la violence ou l’horreur, certains s’en sortent. Mieux, ils tirent parti de leur expérience pour vivre une existence épanouissante. Cette capacité insoupçonnée à rebondir après un traumatisme s’appelle la résilience

On peut déjà s’interroger sur la notion même de traumatisme ? Il faut surtout différencier le trauma du traumatisme. Le trauma est l’événement en lui-même, le traumatisme ce qui en découle. Un même événement ne provoque pas le même impact chez tout le monde. Par exemple, un divorce peut être vécu comme une libération pour l’un et un traumatisme pour l’autre.

La question qui revient souvent dans le cas d’un traumatisme c’est pourquoi moi ?
Pourquoi j’ai été maltraîtée, violée, pourquoi j’ai eu cet accident ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? ». Les résilients dépassent les réponses culpabilisantes en passant du « pourquoi » au « pour quoi ». Autrement dit : à quoi cet événement va me servir ? Puisque je ne peux pas l’éliminer de ma vie, qu’est-ce que je peux en tirer ?

Les traumatismes ont des effets négatifs, bien sûr ! Mais il y a aussi des effets positifs paradoxaux. Le traumatisme diminue le bien-être des personnes mais enrichit leur personnalité. Ils vont donner plus de sens à ce qui les entoure. Comme cet homme d’une trentaine d’années atteint d’un cancer. Il avait placé sa carrière au centre de sa vie. Il a découvert à quel point sa famille était importante pour lui et l’a replacée au cœur de ses préoccupations. D’autres vont se tourner vers la spiritualité ou l’art pour exprimer leur souffrance. Ils écrivent des poèmes, par exemple. Parfois ces essais personnels se transforment et ils deviennent artistes.

La résilience n’arrive pas toute seule.
On dit souvent que l’on n’est pas résilient tout seul.  On peut repérer trois valeurs fondamentales : la bienveillance, l’empathie et l’amour des proches ou d’une personne extérieure

Entrer en résilience

La résilience, nous l’avons compris, est un mécanisme d’adaptation psychologique face à un traumatisme. Il consiste à vivre malgré tout et à finalement dépasser le traumatisme plutôt que de sombrer dans la dépression. Comme son étymologie l’indique, il s’agit de « rebondir » et non de résister.

D’où vient cette faculté hors du commun ? On a montré que la structuration précoce de la personnalité de l’enfant entre en jeu dans la capacité de résilience à l’âge adulte. À savoir que si l’enfant vit des expériences constructives antérieures au traumatisme, il sera plus apte à le dépasser.

Une genèse douloureuse

Le concept est découvert aux États-Unis par deux psychologues ayant œuvré à Hawai dans les années 40. L’observation d’enfants issus de milieux particulièrement défavorisés a permis à Emmy Werner de comprendre qu’un pourcentage non négligeable d’enfant se sortait sans trop d’encombres des traumatismes et devenaient des adultes stables.

En France, c’est le psychologue Boris Cyrulnik qui a démocratisé l’idée de résilience. De son côté, il a travaillé avec des rescapés des camps de concentration, en observant leur processus résilient.

Les facteurs de la résilience
Il y en a une constellation. Le premier déterminant est génétique mais pas inexorable ni forcément héréditaire (les petits transporteurs de sérotonine, un neurotransmetteur présent dans le cerveau pour réguler les émotions, sont plus difficilement autonomes et très émotifs). Deuxième facteur : la stabilité affective des premiers mois, qui sculpte le cerveau. Et puis l’école, la famille, la culture.

Amour et résilience

Le premier amour de l’adolescent à cela d’important qu’il peut parvenir à casser les schémas néfastes qui se répètent depuis l’enfance. Ainsi, la personne aimée est perçue comme un tuteur de résilience. Plus tard, c’est la famille et les amis qui endosseront qui pourront relayer cette fonction tutorale.

L’amour, en effet, peut agir contre les représentations de soi négatives et former une thérapie de résilience. Dans une conjugaison affective, le sentiment amoureux renforce la résilience. Selon Boris Cyrulnik, « L’humain ne peut vivre et se développer que si un autre met son empreinte sur lui »

 

Et après ?
Certains ressentent le besoin de témoigner de leur expérience pour aider d’autres personnes. D’autres s’investissent dans des associations.

En proie au deuil, à la maladie ou à la violence, certaines personnes parviennent tout de même à se reconstruire. Il est étonnant de voir le pouvoir que possède l’être humain pour dépasser une enfance difficile. Ce processus psychologique se nomme la « résilience ». On possède cette capacité à des degrés divers. Cependant, la résilience est une étape quasi obligatoire du processus de reconstruction suite à un traumatisme.